jeudi 1 juillet 2010

Bars, bars...Barbares?

Mise à jour: décembre 2018



Poncifs



   N'avez-vous pas remarqué que lorsque le sujet de la prostitution au Pays du Sourire est évoqué, ce sont toujours les mêmes poncifs qui sont avancés pour la justifier?



   Le premier d'entre eux est que le phénomène serait historique. Certes. Si le phénomène n'est pas nouveau (ici comme ailleurs), c'est dans la période contemporaine que cette activité est devenue une industrie, notamment lors de l'occupation japonaise pendant la Seconde guerre mondiale, et la guerre du Vietnam menée par les USA et dont les troupes venaient se défouler dans les lupanars de Thaïlande pendant leurs permissions.

D'ailleurs,  l'esclavage, le droit de cuissage et la gabelle ont aussi une tradition
historique, mais il ne viendrait à personne de sensé l'idée de se
référer à l'Histoire pour rétablir cette pratique aujourd'hui.



   Le deuxième, corollaire du premier, serait que le bouddhisme, religion qui irrigue la société tout entière, s'accommoderait très bien de cet asservissement. Argument complètement bidon, répété inlassablement d'un tabouret de bar à un autre.

Qu'en est-il? Le bouddhisme n'est pas une religion basée sur l'interdit. Etre guidé uniquement par ses sens, être motivé par l'assouvissement d'une pulsion, cela ne peut pas s'interdire puisque c'est inhérent à la condition humaine.

 Le bouddhisme est fondé sur des préceptes moraux, des attitudes, donnés en exemple. Pour avancer sur le Noble Chemin, cette philosophie suggère des pensées justes, des actes justes. Positifs, ils doivent contribuer à émanciper l'humain de cette condition. Le reste est négatif et totalement déconseillé.

Par ailleurs, même si la question fait débat chez les exégètes, le bouddhisme considérerait la femme comme inférieure à l'homme, et impure. Toutefois, la prostitution est totalement désapprouvée par le bouddhisme, dès les textes sacrés les plus anciens qui abordent le sujet et jusqu'aux enseignements tels qu'ils sont délivrés aujourd'hui.

De plus, si le le bouddhisme n'interdit rien, ce n'est pas pour autant que  les comportements des autochtones sont forcément en harmonie avec ses préceptes. Ce n'est pas parce qu'une péripatéticienne va faire une offrande à Bouddha à l'ouverture de son bar qu'elle se comporte selon ces préceptes.



   Le troisième serait que la relation sexuelle tarifée serait un commerce comme les autres. A une époque de marchandisation du monde, aujourd'hui que l'on trafique des organes humains, pourquoi donc ne pas considérer la sexualité comme une prestation de service banale qui doit tout simplement recevoir une juste rétribution? D'ailleurs, avoir plusieurs centaines de partenaires sexuels annuellement, c'est tout-à-fait naturel. Et dans le même genre d'idée, le client conseillera à ses propres enfants de choisir cette activité lucrative, puisqu'elle ne connaît pas la crise?...Puis, quand l'un d'entre eux aura choisi cette façon de s'émanciper, le père annoncera alors fièrement à son entourage que son enfant est une putain?...

On notera d'ailleurs que si les clients se vantent sans vergogne quand ils sont dans l'anonymat d'internet, en revanche, ils se font nettement plus discrets dans l'entourage immédiat d'un repas entre amis, par exemple.



On relèvera aussi des inepties récurrentes, telles que la réputation de légèreté des femmes asiatiques (en ce cas, comment se fait-il que tant d'hommes venant sur place aient à payer des professionnelles?) et une que j'apprécie tout particulièrement: le client ne paie pas une passe, il transfère des devises. C'est ainsi qu'il contribue à l'émancipation de la femme, voire au développement d'un pays émergent.

Ben voyons...



   Cela dit, les justifications ne sont pas limitées au client: elles existent aussi chez les prestataires. Dans leur immense majorité, des femmes.

Chez celles-ci, est inculqué depuis la petite enfance que le premier de leurs devoirs, celui qui passe avant tous les autres, est de soutenir leurs parents.

Certes, la société traditionnelle siamoise est de type matrilinéaire, et c'est donc à la fille qu'incombe  principalement cette responsabilité. Pour autant, si le fils a un rôle secondaire, ce rôle existe bel et bien. Sauf que s'il ne fait pas son devoir, cela lui est rarement reproché. Cela n'étonnera personne au fait du fort machisme qui parcourt la société thaï, machisme qui perdure encore dans le monde contemporain.

 Dans le même ordre d'idée, une femme mariée mais volage sera bien moins tolérée qu'un homme infidèle, et tant qu'à faire, que celui-ci aille assouvir ses pulsions chez une prostituée est un moindre mal. On notera par ailleurs que nombre de prostituées bouddhistes estiment que leur conduite d'aujourd'hui serait la résultante d'actions négatives dans leurs vies passées. Un mauvais karma qu'elles devraient assumer.



Quoiqu'il en soit, si l'on admet que ce devoir de soutien aux Anciens soit la motivation première, on notera que des millions de jeunes femmes quittent pour cette raison leurs champs pour les universités, les usines et les commerces et ne se prostitueront jamais. Toutefois, si elles sont largement majoritaires, elles souffrent de la réputation mondiale de leurs petites soeurs des quartiers chauds.

Notons aussi que dans le pays, le chômage est très réduit, les couvertures santé gratuites pour les plus pauvres, les enfants et les personnes âgées, et pour peu qu'on accommode son niveau de vie à ses niveaux de revenus, et pas l'inverse, on peut assurer la survie d'une famille sans devoir forcément vendre son corps.



Effectifs: le client



   Le client occidental (certes très minoritaire, la grande majorité étant asiatique, voire locale) ne se définit pas lui-même comme un touriste sexuel, mais comme un "fêtard", c'est à dire en fait un voyageur comme un autre. Selon lui, il respecte les coutumes locales car, nous l'avons vu précédemment, dans son esprit il ne fait aucun doute que la prostitution est une tradition culturelle, du même ordre que le foot massage ou le riz gluant.

En général, le discours justificatif est accompagné de maximes philosophiques d'une haute teneur: il faut laisser chacun vivre à sa manière, faire preuve de tolérance, d'ouverture d'esprit, et ne juger personne. Si ce n'est pas du bouddhisme...

 Parfois, il se présente comme un de ces vrais hommes qui en ont (le mâle dominant) et assument leurs fantasmes, au contraire des autres hommes forcément donneurs de leçons, moralisateurs, pisse-froids (les mâles dominés, ou  encore refoulés), et qui donc n'en ont pas.

Il a ses spots préférés (Pattaya est un must), ses forums spécialisés où l'on s'échange bons plans, bonnes adresses et bonnes prestataires. On passera sur le vocabulaire employé: un maquignon ne sombrerait pas dans une telle vulgarité pour évoquer ses futures pièces de boucherie.

    En fait de mâles dominants assumés, on relèvera qu'ils ne s'expriment que derrière des pseudonymes, se présentent toujours à leur avantage, et que nombre d'entre eux sont des personnes âgées qui confondent pouvoir de séduction et pouvoir d'achat. Ce dernier plus ou moins élevé, souvent très moyennement, puisque si l'on a choisi le Pays du Sourire, c'est aussi pour ses excellents rapports qualité-prix, sexuels y compris.



   Le client peut aussi être du genre discret: il fréquente les forums de voyage, et fait dans le culturel. Il organise ses séjours comme un touriste lambda, temples, plages, musées...et son itinéraire passe (quel hasard!) par les quartiers chauds. Parfois, il y sélectionne une fille, qui pourra d'ailleurs lui servir de guide. Quelques jours de congés payés par son bienfaiteur.

On notera que sur ces forums banals, il laissera transparaître dans ses messages quelques plus ou moins fines allusions, le but étant d'être reconnu par ses pairs.

Plus tard, un couple durable client/ladybar peut se former. C'est alors toujours la même histoire qui est servie: arrivé par hasard dans un quartier chaud, poussé dans un bar par la destinée, le gentil garçon bien élevé est tombé (quelle chance!) sur la seule et unique prostituée pas vénale du pays (je
n'invente rien, ça m'a un jour été dit!) et comme lui-même est un homme de grande moralité, les deux anges s'y
sont reconnus d'emblée.



  Depuis quelques années et l'influence de clips musicaux et films dont les scénaristes n'ont pas dépassé le stade anal, une nouvelle variété de consommateurs est en pleine expansion: la faune des banlieues de France les plus riantes, qui vient soit dépenser ses revenus tirés de trafics fumeux, soit flamber ses revenus sociaux.



   On notera une conséquence indirecte qui prolonge ces "échanges culturels". Toute une littérature (et même un genre cinématographique) en est née : récits autobiographiques ou plus ou moins romancés, ils sont tellement nombreux qu'ils occupent tout un rayon des librairies. Et bien entendu, ils servent tous la même soupe. Il y en a même qui reçoivent les honneurs de la presse branchée ou des festivals de "films d'auteur"...Culturel, quand tu nous tiens!





Effectifs: les professionnels de la profession



   Partons de la loi. Les lieux d'échange sont régulés depuis 1966. La prostitution est encadrée depuis 1996 par le  Prevention and Suppression of Prostitution Act, BE 2539.



La loi condamne toute personne qui tiendrait un lieu de prostitution.

La loi condamne toute personne associée à cette activité dans ces lieux, sauf si elle y est contrainte.

La loi condamne toute personne faisant la publicité de cette activité.

Elle condamne aussi toute personne qui se livre au racolage sur la voie publique.

Elle condamne aussi toute personne qui sollicite un mineur, ou en contraint une autre.





   Alors comment se fait-il que la Thaïlande n'arrive pas à se défaire de sa réputation de lupanar à ciel ouvert, voire que sa population en souffre, ses femmes notamment, ainsi d'ailleurs que les couples mixtes qui n'ont jamais mis les pieds dans un bar et vivent leurs petits bonheurs ordinaires en faisant abstraction des regards de connivence du voisinage imbécile?

   Au-delà de la grande facilité à rallier les spots favoris des touristes sexuels et la banalisation de ce type de séjour, l'une des explications pourrait être que dans peu d'autres pays dans le monde, cette activité se déroule aux yeux de tous, revêt des aspects aussi festifs, et que les échanges se font dans la tranquille acceptation de toute une société. Pas de bois mal famés, pas de camionnettes sinistres, pas de maisons de tolérance à l'hygiène douteuse, pas de proxénétisme apparent, pas de souffrance, pas de regards lourds de réprobation...Rien que de la joie, du bonheur et de la convivialité.

Et puis la qualité du cheptel local n'est plus à vanter: la femme asiatique est soumise, prévenante, souriante, discrète, souple, et la beauté de cette diablesse pourrait ensorceler n'importe quel pèlerin...



   D'autre part, ce cadre légal a tout simplement permis que, dans ses limites, se développe toute une industrie.

 Les chiffres sont effarants, du nombre de prostitués (femmes et hommes), des revenus générés, au nombre de personnes en lien plus ou moins direct avec cette activité.

Cela va des services les plus anodins tels que les transports, l'hôtellerie et la restauration, aux plus évidents, à savoir les gogo-bars. Ces derniers sont considérés par la loi comme de simples "lieux de rencontre". Peu importe que les filles y soient castées par le patron et numérotées pour le client: ce n'est qu'un espace de mise en relation entre un consommateur potentiel et une jeune fille "disponible", et l'établissement n'a rien à voir avec ce qui se passera dehors.

 Le tout se déroule sous la vigilance de la police. Celle-ci mène d'ailleurs très régulièrement des opérations de prestige: tel "salon de massage" sera par exemple investi lorsqu'on y est certain que les filles y sont "consommées" sur place, ou mineures, ou que des drogues y circulent.

Dans les rues, on veillera aussi à ce que les prostituées occasionnelles ne fassent jamais le premier pas...

   C'est donc en totale hypocrisie, une hypocrisie qui arrange tout le monde et préserve les apparences (impératif !) que des centaines de milliers de touristes sexuels viennent se défouler dans ce pays, attirés comme des insectes volants par les néons.

De pures relations librement consenties entre adultes épanouis, que dire d'autre que ça ne nous regarde pas...



Effectifs: les filles



   Autant de filles que de parcours personnels, bien évidemment (la prostitution masculine existe elle aussi mais est nettement moins développée et connue). Accidents de la vie, pauvreté extrême, soutien de famille, miroir aux alouettes du consumérisme, choix de vie mûrement réfléchi...



   Prenons par exemple Pim. De la plus jeune génération, née dans une société thaïlandaise tombée dans la folie de la consommation à outrance sur le modèle occidental, confrontée dès son enfance aux mythes de l'argent facile et de la réussite par l'avoir plutôt que par l'être, hyper-consommatrice de produits high-tech: elle se considère comme une prestataire de service, et en dehors de ses heures de travail, c'est une jeune adulte qui s'affirme épanouie.

Elle n'a aucune notion morale de l'effort et du travail honnête, ses parents ayant peut-être pensé que tout s'apprenait à l'école. Malheureusement, le parcours scolaire s'arrête parfois très tôt.

Son choix se limite à travailler à la chaîne, ou vendre son corps (à la chaîne aussi) tant qu'il est désirable et profiter de la vie tout de suite, tout en mettant de côté suffisamment pour retourner chez elle et ouvrir un commerce "normal".

 C'est une femme d'affaires. Elle a un capital: son corps. Après une première étude de marché (sur le terrain), elle a pu investir dans la modernisation de son outil de travail: seins siliconés (de 30 000 à 100 000b selon la taille des implants), nez refait "à l'occidentale" (de 8 000 à 50 000 b selon le savoir-faire du chirurgien), blanchiment de la peau (toujours cette fascination pour les femmes occidentales), etc... Il faut en effet que son offre réponde à la demande. Et tout de suite, car les années passent vite. Or, le farang, s'il est peut-être porté sur les filles asiatiques, a néanmoins des goûts spécifiques. Autant modifier son corps pour leur correspondre...

Ces investissements permettront ainsi à Pam de réaliser ses objectifs (de la semaine, du mois, de l'année) et avec un peu de chance, de multiplier les prétendants qui recherchent une compagne durable. Il  ne lui restera plus qu'à choisir parmi eux le profil au meilleur rapport qualité/ revenus/ naïveté. Ensuite, elle manoeuvrera de telle façon que le candidat sélectionné ne manquera pas de lui proposer un mariage et de l'inviter à vivre dans son pays d'origine.

Très bonne expérience, et si ça ne fonctionne pas, elle recommencera avec un autre: elle en a des dizaines dans sa clientèle.



   Pam, elle, vient des rizières les plus pauvres du pays. Etudes courtes, puis elle a goûté aux joies du travail sous un soleil de plomb, moustiques divers et autres parasites, mains et pieds dans la boue, revenus permettant tout juste de nourrir la famille.

 Très jeune femme encore, et après de rapides fiançailles ou une relation dans un motel de passe, un des petits coqs du village lui a fait un enfant. Dès qu'elle s'est retrouvée enceinte, il a disparu, et passe
désormais d'une compagne à l'autre au gré de ses envies.

Il passe un
petit coup de fil de temps en temps, mais hors de question d'assumer sa
paternité du point de vue matériel. Quant à l'affectif...

Pam a donc un enfant à charge. Elle voit ses parents paysans qui vieillissent. Retraite inexistante en perspective. Un jour, elle croise Pim, une fille du village roulant en 4x4 et faisant construire sa maison, qui bosse à Pattaya comme "masseuse" et qui a l'air épanouie. Un numéro de téléphone, une adresse, un rendez-vous...et c'est parti.



   Poum, elle, est une citadine. Heureuse de son travail en usine de confection, petit salaire, modeste mais débrouillarde...Sauf que toujours à la recherche de meilleures marges, la grande marque occidentale, principale commanditaire, a trouvé une main d'oeuvre encore moins chère au Sri-Lanka. Alors le patron a mis la clé sous la porte, en laissant sur le carreau des dizaines d'employées avec des indemnités ridicules.


Poum doit donc trouver de l'argent, et vite. Alors c'est le départ vers les lieux touristiques, et un possible glissement insidieux du "massage " (vraie thérapie traditionnelle) vers la  prostitution.

Avec un peu de chance, elle trouvera un boulot de serveuse dans un restaurant. Alors, commencera la quête du petit ami occidental, qui lui offrira une vie meilleure et un confort assuré pour toute sa famille.



Du rêve aux réalités



   Le client connaît-il l'image que les filles ont d'elles-mêmes, de leur corps-marchandise, de leur propre sexualité? Et de celle de cet Occidental? Et de la sexualité, tout simplement? Pense-t-il réellement qu'elle apprécie cette surmultiplication de relations et de partenaires?

   Se rend-il compte que des prostituées ont l'impression que leur corps ne leur appartient pas, que leur esprit ne l'habite pas?  En quelque sorte, qu'elles éprouvent le besoin de se "désincarner" pour supporter leur réalité?  Ignore-t-il que l'immense majorité d'entre elles souhaiterait une simple chose: faire un autre travail qui leur permette de vivre dignement et d'aider leur famille?

   N'a-t-il jamais songé qu'au delà de l'image de femme assumée, la plupart éprouvent de la honte de n'avoir pu  faire des études minimales? Ou, crainte encore plus grande, ne pas pouvoir assumer la charge de leurs parents quand ils ne pourront plus travailler?

  Quant aux ragots des villageois des campagnes du Siam, parfois aussi blessants que des lames de couteaux...Certes, aucune question directe: il est très malpoli de placer son interlocuteur dans l'embarras. Mais on n'en pense pas moins.



  Quant à se poser la question de qui utilise l'autre... Lequel consomme l'autre?



Mais tout ceci importe peu pour le client. La plupart n'en a que faire. On l'a vu, tous les prétextes sont bons, toutes les justifications évoquées, toutes les excuses proposées...La réalité est très simple: le client est uniquement préoccupé par l'assouvissement de sa libido, et son monde tourne autour de son petit pénis.

   La prostitution, c'est la rencontre tarifée d'une
certaine misère sexuelle occidentale avec une certaine pauvreté asiatique. Et elle enrichit toujours les mêmes.

 La prostitution est continue. Depuis des siècles. La prostitution est tolérée (d'où le nom de ses maisons), même dans les milieux intellectuels. Il y a quelques années, le Bangkok Post diffusait un article fort complaisant sur la
prostitution masculine à  l'attention des femmes occidentales. Secteur
en plein boom économique.

L'activité est aujourd'hui totalement intégrée à la mondialisation. Elle s'y est tout simplement adaptée. Car elle rapporte. Et gros. On estime aujourd'hui ses revenus à 6;5 milliards de dollars par an. Les apports dans l'économie locale, on l'a évoqué, sont gigantesques. Elle représenterait 3% du PIB annuel. Plusieurs centaines de milliers de travailleurs du sexe: femmes, hommes, ladyboys...Plusieurs centaines de milliers de clients: femmes (même si elles sont largement minoritaires), hommes, quels que soient leurs tendances sexuelles: il suffit de demander, l'offre s'adaptera à la demande.

   A 80%, les clients viennent des pays d'Asie. La prostitution inonde toutes les couches de la société. Les mafias infiltrent des partis politiques, les édiles locaux sont massivement corrompus, et cette corruption est devenue tellement systémique qu'elle est considérée pratiquement normale par la population (et comment pourrait-elle lutter contre?)

   La prostitution nourrit donc la corruption. Elle est liée intimement aux activités criminelles de toutes sortes: enlèvements, asservissements humains, drogues, extorsion de fonds.

 Pourquoi? Parce que ce sont les mêmes réseaux mafieux qui gèrent ces marchés cyniques, jusqu'aux trafics de personnes étrangères, encore plus pauvres et fragilisées que les plus pauvres des Thaïs: Tribus des montagnes, Birmanes, Cambodgiennes, Laotiennes, etc...

 Le modus operandi? Une fille désargentée, repérée par des proches, à qui on promet du travail, et "vendue" à un réseau. Bienvenue en enfer.

 En 2009, les autorités de police auraient ainsi identifié plus de 500 filles étrangères arrachées à leurs proxénètes, auparavant leurrées, droguées, violées, et raccompagnées dans leurs pays (souvent limitrophes), et 80 Thaïlandaises prostituées de force, par exemple en Malaisie,  sorties de leur calvaire et rapatriées. Une goutte d'eau dans un océan de larmes. Car ce n'est que la partie visible d'un réseau industriel à grande échelle, le proxénétisme  ne connaissant pas de frontières:  l'OIT estimait à 10 milliards de dollars les bénéfices dégagés pour la seule année 2005 sur la zone Asie, pour 1,36 millions de travailleuses forcées.

Et s'il fallait un classement dans cette logique de l'horreur économique, encore plus bas dans cette échelle  de l'abominable: le trafic d'enfants à destination des pédophiles internationaux à la pathologie dévorante. Ou aux clients qui cherchent "simplement" des partenaires vierges ( c'est à dire dans leur esprit, sans VIH).

En Thaïlande, depuis le 1er cas de VIH constaté en 1984, plus de 1 000 000 de personnes en sont ou ont été porteuses.

"Ont été", car 400 000 personnes en sont déjà mortes. Et le virus continue de se répandre. Certes, plus lentement: 20 000 infections depuis 2004.



Mai pen rai?  (ça ne fait rien...)



Le touriste sexuel n'est pas un pédophile. Il n'a violé aucun mineur. Il n'extorque de l'argent à personne. Il ne se livre pas au trafic d'êtres humains fragilisés. Il pense ne corrompre personne. D'ailleurs, il est sans doute un brave type, impliqué dans la vie sociale de son pays d'origine. Il pense être juste un client qui a recours a une prestation de service.

La réalité est qu'il est le complice imbécile de drames humains, de l'asservissement de millions de personnes fragiles, et que même s'il existe des parcours rédemptoires individuels, ils ne pèsent guère par rapport au reste.

Le touriste sexuel est l'idiot utile de la mercantilisation des corps. Aujourd'hui, elle se déroule à l'échelle planétaire.

Belle évolution de l'Humain.



   Client qui vous sentez mal à l'aise en lisant cette page, lors de votre prochain séjour, peut-être irez vous au temple, accompagner votre dulcinée provisoire. J'en connais même, parmi les pires hypocrites, dont l'absence totale de morale leur permet de jouer sans aucun scrupule la comédie du Gentil Bouddhiste au sein même de leur famille d'adoption en terre de Siam.

  Pieds nus, vous déposerez alors la fleur de lotus dans le plateau d'argent. Vous allumerez vos 3 bâtons d'encens et vous prosternerez devant l'Illuminé. Vous ferez peut-être un voeu. Vous planterez droit dans le sable les sticks incandescents. Vous déposerez méticuleusement vos feuilles d'or sur une statue. Puisque vous êtes là, c'est donc que vous êtes bouddhiste, vous savez donc qu'il faut équilibrer votre Karma.

Mais parfois, ces feuilles de métal sont si légères qu'elles s'envolent avant même d'avoir pu atteindre leur but.

Mai pen rai. Ca ne fait rien. Amazing Thailand.





   Cette page, révisée en 2018, doit dater de 2008. En 2011, j'y ajoutais le paragraphe ci-dessous.



   Deux constatations: l'écart de génération entre les Hommes occidentaux et les prostituées thaïs s'agrandit. Il n'est plus rare désormais de croiser des vieillards au bras de très jeunes filles. Ils sont septuagénaires, elles sont à peine majeures. Et je ne parle pas de gentils (grands-)pères avec leurs charmantes (petites-)enfants; les attitudes et accoutrements de ces belles ne laissent aucun doute sur la nature de leurs relations avec leur chaperon.



   Autre remarque: il m'avait semblé jusqu'à présent que ces tombeurs au charme irrésistible évoluaient sur des terrains de chasse bien circonscrits: gogobars, boîtes de nuit, promenades de quelque station balnéaire...

   Mais ne voilà-t-il pas que certains s'enhardiraient, et forts du succès de leur portefeuille sur la gent féminine payante, sortiraient de leur ghetto pathétique?

 Ils en sont désormais à aborder quelque femme dans la rue ou les galeries marchandes bien éloignées de leurs spots favoris?

 Et pour que les choses soient claires, c'est maintenant la mère de mes enfants qu'on aborde! Récemment, alors que nous déambulions dans un shopping mall de Bangkok, il a suffi que je m'écarte d'elle quelques secondes pour que celle-ci se retrouve importunée par un vieillard concupiscent...Et si encore celui-ci l'avait abordée de manière civilisée...Mais pensez-vous, pas la peine: le chasseur a trouvé son gibier. Aucune politesse, regard vitreux, distance corporelle très raccourcie...Pour un peu, il aurait posé ses mains directement sur la "marchandise" !...

Cela dit, assaillant courageux, mais pas téméraire: il a suffi que je m'approche pour qu'il détale...



Passées les bornes, plus de limites.

Messieurs, je vous en prie: allez vous soulager dans vos lieux habituels, ne prenez pas toute la Thaïlande pour votre terrain de jeux sans limites, et ne prenez pas toutes les Thaïs pour des filles faciles en quête d'illusions matérielles.

Vous n'êtes plus obnubilés par votre libido:  vous faites peur à ma compagne mais de plus vous sombrez dans le ridicule. Mais vous osez tout...c'est à ça qu'on vous reconnaît.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Remarque : Seul un membre de ce blog est autorisé à enregistrer un commentaire.

      FERMETURE DEFINITIVE DU SITE     Chère lectrice, cher lecteur,     Après 10 années d'existence et plus de 175 000 visites...