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lundi 24 mai 2010

Oncle Boonmee

   Je me souviens avoir assisté il y a quelques années à la projection de Blissfully yours dans l'unique salle parisienne où il était à l'affiche. A l'époque, le cinéma de M. Apichatpong Weerasethakul n'était pas confidentiel: il était underground.

   Ce film m'avait laissé assez songeur.

   Plus tard, au visionnage du DVD de Tropical Malady, j'étais resté fort perplexe.

   Après avoir vu plusieurs fois Oncle Boonmee, ma question initiale reste toujours la même:

M. Apichatpong est il un maître, un cinéaste dépourvu de talent, ou un farceur?







  Il semble que la communauté du cinéma ait répondu à la question en choisissant la 1ère réponse, puisqu'à l'occasion du  Festival de Cannes 2010, le jury et son président Tim Burton décernaient à son film Oncle Boonmee la Palme d'Or.

  

   Il est toutefois à noter que lorsque M. Apichatpong envoya son film au comité de sélection du festival, il avouait lui-même "ne pas savoir si son film ressemble à quelque chose".

  Je ne sais pas non plus.










   Cinéaste expérimental, artiste pluridisciplinaire, M. Apichatpong est né à Khon Kaen, Nord-Est de la Thaïlande.

   D'évidence, son oeuvre est à contextualiser, comme l'indique le synopsis de son film...



"Les apparitions magiques de sa femme défunte et de son fils disparu depuis des années confirment à Oncle Bonmee que sa fin est proche. Dans son domaine apicole, entouré des siens, il se souvient alors de ses vies antérieures. Accompagné de sa famille, il traverse la jungle jusqu'à une grotte au sommet d'une colline, lieu de naissance de sa première vie.

De cette première vie, Oncle Bonnmee ne se souvient de rien, s'il était animal ou végétal, homme ou femme; mais il sait à présent qu'il est prêt à absorber la mort avec apaisement".







  On situe bien les aspects qui peuvent frapper ou retenir l'attention de cinéphiles occidentaux: une autre culture, d'autres croyances, d'autres manières d'envisager la vie et la mort, d'autres décors, langue, rythmes de vie...un autre cinéma, quoi. Certes.

   Toutefois, c'est un peu comme lorsqu'un Thaï vous dit "Passe-moi le sel". Les probabilités sont assez faibles que sa demande soit influencée par un particularisme local, une référence bouddhique, une conséquence inéluctable de son karma, ou que la voix qui vous parle, ce n'est pas lui, mais c'est lui quand même, enfin plus exactement, lui mais dans une de ses vies antérieures.

   Il est beaucoup plus probable qu'il trouve que son plat n'est pas assez salé, et que pour le saler, il vous demande donc de lui passer le sel.







   Diffusez Oncle Bonmee à un Issanais, ou à un Etranger côtoyant
la culture issanaise, et il y aura de fortes chances qu'il vous réponde
par "So, what?" tant les idées et leur contexte lui sont familiers.

   Personne ne s'étonnera dans un village du Nord-Est de la Thaïlande qu'on ne construise pas une maison ici parce que le brahmane a dit là, que la cérémonie de mariage soit reportée à une date plus favorable, que tel ait un corps d'homme et un esprit de femme, ou l'inverse, qu'un adolescent se maquille, ou encore qu'on convoque les Anciens de la famille dès le lendemain parce que dans la nuit un plus jeune a rêvé d'un fantôme.

   C'est tout le problème des cinémas d'ailleurs lorsqu'il nous parviennent: ôtés leurs aspects exotiques, leur langue inconnue, leurs maisons de bois, leurs rizières, qu'en reste-t-il du point de vue de l'originalité, du filmage, de la mise en scène, des talents propres à leurs auteurs?

   Pour ma part, je suis sensible à certains metteurs en scène asiatiques, dont l'oeuvre est fortement influencée par leur culture d'origine, et du Japonais Imamura au Sud-Coréen Jee Jeong-Hyang, les cinéastes de ce continent sont parmi les plus inventifs et les plus étonnants. Je n'éprouve pas non plus d'aversion à l'usage cinématographique de la lenteur. La maîtrise des rythmes et des temps est essentielle dans une oeuvre.

   Mais dans le cas de M. Apichatpong, j'ai de sérieuses difficultés à trouver "quelque chose" à son cinéma.

 

  

Alors, Oncle Boonmee... "poème filmique" (Paris Match) ou nanard suprême?... "éblouissement absolu" (le Monde) ou baillement irrépressible?...  d'une lenteur majestueuse, ou juste chiant?



   Je ne sais pas si vous trouverez des réponses, mais si ça peut vous inciter à visionner ce film, Oncle Boonmee est, et de loin, le plus abordable de son auteur. Et cette porte d'entrée sur la culture du Nord-Est vous donnera peut-être envie de mieux la découvrir?

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