Chaque année, au mois de juillet,
toute la Thaïlande bouddhiste célèbre Khao Phansa. La
date de cette fête varie selon le calendrier lunaire. En cette année
2018, elle est fixée au 28 juillet.
De passage dans la petite ville de
Phon, nous apprenons
qu'une parade est organisée pour l'occasion.
Pour la
sangha, la communauté des croyants, Khao Phansa,
le carême bouddhique, est l'une des périodes fériées des plus
importantes.
Toute l'année, les communautés se sont
regroupées pour préparer l'événement: chars décorés, danses
traditionnelles, costumes chatoyants, représentent ainsi districts,
sociétés, écoles, associations et défilent sous l'égide
de Son Altesse Royale Vajiralongkorn.
Coïncidence, SAR est
née un 28 août. Son anniversaire, la Fête des pères (toujours
fixée le jour de l'anniversaire du souverain régnant) et Khao
Phansa sont donc célébrés aujourd'hui.
Khao Phansa signifie aussi
«Entrée dans la saison des pluies». C'est le début de la retraite
des moines. Celle-ci prendra fin 3 mois plus tard, au jour d'Ok
Phansa, qui se traduit logiquement par «Sortie de la saison des
pluies».
Origine de ce long
isolement? Plusieurs hypothèses on été émises: difficultés pour
les religieux de se déplacer sous la pluie jusque dans les villages
pour leur traditionnelle quête de nourriture, précepte de Bouddha
souhaitant que ses disciples ne foulent pas de plants après des
plaintes du voisinage, ou encore souci de l'Éveillé de Bénarès
qu'ils ne tuent pas d'insectes par inadvertance, ces derniers
pullulant à la saison humide.
Toujours est-il que pendant
cette période, aucun bonze ne doit s'aventurer ou passer la nuit en
dehors de son temple. Il s'y consacrera à la méditation et à
l'étude des textes sacrés. D'où le recours aux bougies. Pur aspect
pratique sur lequel s'est greffée la symbolique d'une lueur qui
guide l'être perdu dans un monde obscur.
Evidemment,
maintenant que l'électricité permet à l'ascète de regarder la
télévision, de recharger son portable, son appareil photo et
d'utiliser un ordinateur dans ses appartements, la bougie a perdu
tout son sens originel. Au cours du temps se sont ensuite greffées
diverses activités plus ou moins profanes, dont les célèbres
festivals et concours de chars.
On pourra noter le soin des
détails apporté à certains chariots...
Dans ce pays où les 3 piliers de
l'Etat sont, outre la religion, la monarchie et la nation, tout
rassemblement festif voit leur glorification.
C'est ainsi que nombre
de chariots arborent le portrait du roi Bhumibol, qui régna sur le
Pays du sourire de 1946 à 2016. La longévité exceptionnelle de son
règne et sa personnalité expliquent la profonde et sincère
vénération que lui témoigne son peuple.
Le jaune est la couleur
symbole de la monarchie, d'où sa forte présence dans les
tenues, ornements et drapeaux.
Durant ce trimestre, le laïc,
de son côté, doit s'efforcer de respecter les enseignements
originels, même si les règles sont moins strictes et moins
nombreuses que pour les communautés monastiques. Ne pas boire
d'alcool, ne pas se livrer à la débauche, ne pas jouer
d'argent...
C'est ainsi la période de l'année à laquelle
le plus jeune, fille ou garçon, peut entrer dans le noviciat ou
suivre un stage « d'initiation »: ne pas commettre d'acte nuisible,
ne pas avoir de pensée négative, venir en aide au plus modeste que
soi, honorer ses parents et ses maîtres, manger végétarien,
entretenir son corps, et le plus dur: délaisser son smartphone
pendant plusieurs jours. L'exemplarité de sa conduite est censée
faire le prestige de toute sa famille.
D'une durée variable
et selon les possibilités de chacun, sont aussi proposées des
retraites aux adultes. De tous âges et de toutes conditions.
Ministre ou cantonnier, chef d'entreprise ou bien ouvrier...chacun
peut revêtir la robe safran. Administrations et entreprises
accordent ainsi des congés "bouddhisme" à leurs
employés.
Mais pour l'heure, c'est la fête. Et comme à toute
fête, défilent les reines de beauté. Comme le bouddhisme définit
une grande variété de profils de sexualité, les reines sont
parfois...des rois.

Il est 10:30. Il pleut, ce qui
n'est pas inattendu en saison des pluies. Ombrelles et parapluies
s'ouvrent, se ferment, puis s'ouvrent de nouveau, au gré des
averses. Déjà 1 heure que le rassemblement s'est formé, et il n'a
avancé que de quelques mètres.
Phon est, certes, une toute
petite ville mais surtout, ses rues n'ont pas été interdites à la
circulation. Coups de sifflets. Les policiers placés à chaque
carrefour gesticulent et stoppent longuement les chariots. Le trafic
habituel s'écoule: pickups, 2 roues, tuktuks ou samlors...
Les plus jeunes commencent à
s'impatienter. Devant l'objectif, les filles prennent des poses mutines tandis que les garçons adoptent leur air le plus sérieux...
Très familial, le festival de Phon
reste modeste et voit son public clairsemé, en comparaison des
rassemblements monstres des grandes villes, comme Nakhon Ratchasima
ou Ubon Ratchathani.
Riverains, commerçants, passants,
observent le spectacle quelques instants puis vaquent à
leurs occupations.
Plus tard, les bougies ciselées seront
acheminées jusqu'aux temples et leurs moines. Là, on offrira à ces derniers
vêtements, objets de première nécessité, assortis de quelques
douceurs, histoire d'égayer leurs repas souvent frugaux. Puis ce
sera la bénédiction, et la foule se dispersera.
L'heure tourne. Nous allons
déjeuner dans un restaurant à 2 rues. Pour bien choisir son boui-boui, un
moyen simple pour le voyageur de passage: s'il est très fréquenté
par les locaux, délice assuré: personne n'est plus gourmet qu'un
gourmet thaï!
Celui-ci sert un excellent khao-mun-kaï, ce goûteux poulet dans son
bouillon, accompagné de radis cuit et de riz mali.
Après y avoir déjeuné quelques jours auparavant, j'avais adressé un Aroy khap! (*) sonore au
cuistot, en levant mon pouce... Merci!...Et si vous avez
bien mangé, revenez!... M' avait-il répondu dans un large
sourire.
Tu vois l'ami : je suis revenu. Et à Phon, je
reviendrai encore...
(*)C'est délicieux!

