"En 1925, Merian C. Cooper et Ernest B. Schoedsack tournent un 1er film, Grass, qui décrit la transhumance des populations Bakhtiyaris en Perse: 50 000 hommes et 500 000 têtes de bétail traversent montagnes et déserts, en faisant face à des conditions climatiques difficiles.
Enthousiasmé, un producteur de la Paramount, Jesse Laky, leur laisse carte blanche pour le film suivant, que les trois hommes définissent comme "un mélodrame mettant en scène l'homme, la jungle et les bêtes sauvages".
Les voici parti pour Bangkok (...) leur point de départ pour la région des Nan qu'ils atteignent en canoë. Ils se dirigent vers la communauté la plus isolée, qui compte entre quarante et cinquante familles. Là, les deux hommes apprennent de missionnaires vivant dans la région que, en cinq ans, quatre cents indigènes ont péri sous les crocs des tigres et autres félins: cette jungle fort peu hospitalière est l'endroit rêvé pour leur grand film d'aventure.
Cooper et Schoedsack sont restés quatorze mois au Siam, dans des conditions particulièrement difficiles. Victime de la malaria, Schoedsack fut souvent dans un état proche du délire au moment de tourner, ce qui ne l'empêche pas de réaliser des prises pour le moins audacieuses...
(...) Le clou du film devait être la scène finale de l'assaut des éléphants: Cooper et Schoedsiack utilisèrent pour la mettre en scène le troupeau d'éléphants semi-sauvages du prince du Siam. (...)"
Le début de l'histoire. "Au nord-est du royaume de Siam, dans une petite maison sur pilotis au coeur de la jungle vivent Kru, Chantui et leurs trois enfants: Nah, Ladah, un bébé (sans oublier le singe Bimbo).
Leur bonheur est cependant précaire. Leurs animaux domestiques sont protégés des prédateurs par un enclos, qu'une panthère réussit à franchir. De plus, le buffle de Kru est attaqué par un tigre.
Kru se rend donc dans son ancien village pour réclamer de l'aide afin de traquer les félins.
Après avoir placé une série de pièges, les hommes abattent tigres et panthères.
La paix est enfin retrouvée. Durant plusieurs mois, Kru laboure une petite parcelle de terrain arrachée à la jungle, qui doit fournir le riz pour nourrir la famille toute l'année.
Mais la veille de la récolte, le champ a été piétiné. Kru découvre des traces de "Chang" (l'éléphant)"...
Générique
CHANG
Merian C. Cooper et Ernest B. Schoedsack
USA, tourné en 1925. 1ère mondiale le 27 avril 1927
70 minutes, noir et blanc, muet.
Titre original: Chang, a drama of Wilderness (Chang, un drame de la nature sauvage)
Musique: Fong Naam
Production: Paramount
Interprètes: Kru (le pionnier), Chantui (son épouse), Nah (le fils), Ladah (la fille), le singe Bimbo et "500 chasseurs indigènes, 400 éléphants, tigres, léopards et autres habitants de la jungle".
Dans la veine des films de voyage qui connaissent leurs heures de gloire dans les années 20, tel Nanouk l'esquimau (Robert J. Flaherty), Cooper et Schoedsack, quelques années avant de tourner King Kong (1933), réalisent ici un film tout aussi documentaire que scénarisé.
Le cinéma du début du XXème siècle s'intéresse à l'exotisme, mais pour l'essentiel en décor reconstitué. On pense par exemple aux multiples adaptations de Tarzan, personnage des romans d'Edgar Rice Burroughs. Après plusieurs adaptations au cinéma muet, la popularité de ce héros culminera dans la série où le personnage est incarné par le champion olympique Johnny Weissmuller.
Les spectateurs entendront pour le 1ère fois son cri devenu légendaire dans Tarzan the Ape man, de W. S. Van Dyke (1932).
A cette époque, quelques intrépides cinéastes quittent les décors de carton pâte d' Hollywood pour aller capter les réalités du monde en terrain hostile.
Les auteurs réalisent ici un captivant mélange de réalisme digne d'un documentaire, et de fiction au scénario élaboré: les indigènes jouent leurs propres rôles, les péripéties sont inspirées d'événements réels, les décors naturels se suffisent à eux-mêmes, le bestiaire local est abondamment filmé, et les cinéastes partagent les conditions de vie des indigènes, à tel point que Schoedsack sera atteint de paludisme, une maladie qui restera longtemps endémique dans cette région du Siam.
On peut aussi noter le choix du héros, qui entre en résonance avec les légendes de l'Amérique des pionniers: l'homme seul, arrachant à la nature ses moyens de survie, prêt à risquer sa vie pour le bien de sa famille.
Mais Cooper et Schoedsack font aussi oeuvre ethnologique, ce qui est assez rare pour être souligné à l'époque du colonialisme mondial et des figurants grimés en cannibales. Sans oublier les ressorts narratifs, le filmage et le découpage valorisant péripéties et progression du récit, ils se montrent profondément attentifs aux relations humaines, aux croyances locales, aux gestes les plus simples du quotidien.
Ils donnent aussi à leur oeuvre une dimension naturaliste, ou plutôt darwinienne: la lutte pour la survie, la loi naturelle du plus fort, et dans cette "loi de la jungle " au sens littéral de l'expression, la destinée humaine, qui astreint le pionnier le plus démuni à tenter inlassablement de se rendre maître des forces de la nature.
Que reste-t-il de ce Siam d'antan? Il arrive encore, mais rarement, qu'en bordure d'un parc naturel, quelqu' éléphant vienne piétiner des champs, ou qu'un tigre affamé dévore un paysan du Sud.
Mais désormais, ces animaux sont pour l'essentiel cantonnés à de pures attractions pour touristes.
Autre époque, autre histoire...
Pour rédiger cette page, j'ai largement utilisé le document d'accompagnement "Ecole et cinéma" de M. P.O Toulza. Ce dispositif permet de projeter aux écoliers de France des classiques et de les ouvrir à d'autres mondes cinématographiques et d'autres cultures.
C'est ainsi que j'ai eu la chance de voir sur grand écran une copie restaurée de ce film. A noter qu'il avait longuement disparu des écrans pour des problèmes de droit.
A défaut du privilège du grand écran, on peut se procurer le DVD qui est largement diffusé et selon les spécialistes, très fidèle à la version originale.









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