Centre administratif de la province éponyme, Lopburi ne revêt qu'un intérêt touristique très limité.
La ville connut son heure de gloire sous le règne du Roi Naraï (1632-1688). Cette époque fut celle de nombreux échanges avec la France du grand Louis, avec notamment des accords commerciaux et des ambassades entre les 2 pays.
Aujourd'hui, on peut visiter quelques sites liés aux présences royales (Naraï puis plus tard Mongkut) mais les 2 sites qui ont fait la réputation de la ville sont des sites khmers datant du Xème siècle, dont le Prasat Phra Prang Sam Yot.
Et ce ne sont pas les sites en eux-mêmes qui attirent les touristes, mais leurs hôtes: des centaines de singes macaques livrés à eux-mêmes.
Nous restons quelques minutes dans l'enceinte du petit temple face au Sam Yot: le sanctuaire San Phra Kan.
Le bâtiment en pur style béton des années 50 est adossé à quelques murs de la période khmère.
La statue qu'il abrite est formée d'un corps à 4 bras représentant Vishnu, surmonté d'une tête de Bouddha.
Je note les offrandes de têtes de porcs: une particularité locale? Un abattoir dans les environs?
Dans un coin du parc, une troupe âgée effectue quelques danses traditionnelles.
Les bedauds qui s'occupent des offrandes repoussent les singes à grands coups de triques. Sur l'escalier, un gros singe adulte montre les crocs en sifflant.
Le visiteur restera vigilant: pas de boisson ou d'aliments à la main, et attention aux sacs à dos!
D'ailleurs, l'un des singes n'hésite pas à sauter sur celui d'un adolescent dont les parents ont bien du mal à déloger l'animal. Celui-ci repart en piaillant et grimpe à toute vitesse dans un arbre rejoindre les siens.
Nous quitterons Lopburi en croisant une troupe de macaques déchiquetant des bouteilles de lait aromatisé.
Une infinité de capsules en aluminium et de cadavres de plastique jonchent le sol et s'envolent... Quel spectacle.
1683. Louis XIV donne audience à l'Ambassadeur du roi Naraï
mercredi 26 mai 2010
Mise à jour: 24/01/2012.
Le bouddha d'émeraude
Le Bouddha d'émeraude. 1er symbole de la Nation. La "tour Eiffel" de la Thaïlande. Visible dans sa chapelle, c'est la représentation de l'Eveillé la plus respectée du pays.
Personne ne la touche, personne ne la photographie. Plusieurs fois par an, accompagné des plus hautes dignitaires religieux, le Roi, et le Roi seulement, vient vêtir la statue de sa tenue de saison.
Le "Grand palais" est en fait un site historique qui a été enrichi au fur et à mesure des règnes. Il comporte donc un ensemble d'édifices et de palais royaux où sont conservés les plus hauts symboles cultuels (reliquaires, recueil des Canons bouddhiques) et de la Monarchie.
Entrée payante, mais plan multi-lingue gratuit
Dans certains édifices se trouvent d'ailleurs des salles d'audience et de cérémonie où se déroulent encore certaines réceptions royales.
C'est ici par exemple que tout nouveau monarque est couronné, et la tradition veut qu'il y dorme la première nuit de son règne.
Cet endroit n'est donc pas qu'un site historique, mais aussi un lieu d'exercice et de représentation de la Monarchie. Pour toutes ces raisons, qui font de ce site le 1er du pays, l'accès y est "filtré" et l'entrée payante pour les étrangers, gratuite pour les Thaïs.
A l'entrée du site proprement dit, une fois franchie l'enceinte défendue par des soldats armés, des préposés "filtrent" les visiteurs. Une tenue correcte est exigée de tous, Thaïs et étrangers. Aucune dérogation n'est accordée.
Les visiteurs dont la tenue ne serait pas conforme ont la possibilité de passer par le vestiaire, ou les accessoires nécessaires leur seront prêtés, chaussures comprises.
Celles-ci doivent être impérativement tenues à la cheville.
Dans l'ensemble des autre sites du pays, on est moins strict, à quelques exceptions près, mais une tenue correcte est conseillée.
Un temple est un lieu de culte vivant, et de recueillement. Même si on vient le visiter en profane, autant le respecter. Et ce sera pour les Fidèles une marque appréciée.
Quelques détails sur le Bouddha d'émeraude:
C'est en fait une statue de jade d'un seul bloc, d'environ 60 cm. Découverte en 1434, elle eut une vie mouvementée, et donna lieu à des expéditions guerrières, jusqu'à ce que le roi Rama Ier décide la construction de Bangkok, du Grand Palais et de la chapelle royale où depuis on peut l'admirer.
Les fresques murales de la salle représentent la vie de Bouddha.
Pour tout Bouddhiste du pays ou même d'ailleurs, c'est un lieu de pélerinage de 1er ordre, même si les Moines n'y officient pas.
Si on visite le Grand Palais un jour de fête bouddhique, ce sera en compagnie des milliers de Fidèles.
Le Bouddha d'émeraude possède 3 tenues d'or et de pierreries, seul le Roi lui fait revêtir ses différentes tenues suivant le calendrier lunaire bouddhiste.
J'admire les nombreuses bâtisses richement décorées, grand chedi doré, bibliothèque, panthéon royal, temples recouverts de tuiles cuites multicolores, et statues du bestiaire bouddhique siamois.
Je circule lentement dans les galeries ombragées qui font le tour du temple du Bouddha d'émeraude. Elles sont décorées de fresques délicates.
Hanuman
Consacrées au Ramakian, épopée mythique (en fait la réécriture "augmentée", sous le Roi Rama II, du Ramayana indien), leur qualité artistique mérite qu'on s'y attarde.
Dans l'enceinte du Grand Palais, bien souvent délaissées par les visiteurs, d'autres salles présentent divers objets de la Monarchie: trônes, véhicules, collections diverses.
Musée du textile:
Depuis mai 2012, et à l'initiative de la Reine, le Musée Reine Sirikit du Textile, situé dans un des bâtiments du Grand Palais, expose les collections royales, dont la collection privée de Sa Majesté la Reine Sirikit, notamment des créations Balmain.
En plus de ces collections, une galerie expose les plus belles des productions de la Fondation royale.
Lors d'un voyage dans le Nord dans les années 70, la Reine Sirikit fut fascinée par la beauté des costumes traditionnels que portaient ses sujets pour l'occasion. En 1976, elle créait cette fondation royale qui promeut notamment la soie de Thaïlande, par l'intermédiaire d'ateliers disséminés dans le pays. Ceux-ci ont pour rôle de préserver les traditions en formant de nouveaux ouvriers. L'emploi des produits naturels de haute qualité et des méthodes de tissage ancestrales sont privilégiés. De plus, ces ateliers permettent à de nombreuses familles paysannes d'améliorer leurs revenus. Cette fondation tire sa philosophie des idées défendues par SAR Bhumipol. Celui-ci, depuis des décennies, encourage les Thaïlandais à l'autosuffisance et au développement durable.
Conçu avec l'aide d'architectes et conservateurs occidentaux, ce Musée est aussi un Conservatoire. Il peut abriter jusqu'à 15 000 objets.
Situées dans le Ratsadakornpipat Building, ses galeries sont ouvertes de 9am à 4:30pm.
Garde royale
La garde personnelle du monarque, la seule habilitée à défendre les enceintes royales. Impassibles devant les moustiques et les facéties des touristes!
A proximité du Wat Phra Keow (vers l'Est), le City Pillar Shrine est le sanctuaire du Pilier de la ville (Lak Muang).
Vénéré par de nombreux Bangkokians, il est censé abriter non seulement ce pilier de bois, mais aussi les Dieux protecteurs de la capitale.
Vraisemblablement placé par Rama I vers 1782 au moment où il transféra la capitale de Thonburi à Bangkok, il est le point 0 à partir duquel sont établies les distances de ville à ville.
Par la suite, de nombreuses autres cités édifièrent le leur, symbole de pouvoir.
A l'entrée du site, sur la droite une chapelle bouddhique, sur la gauche une scène sur laquelle une petite troupe de danseurs traditionnels exécute des danses de remerciement.
Non loin des splendeurs du Wat Phra keow, de sa foule et de ses vendeurs "insistants", se trouve le Wat Rajabopit.
Je traverse le parc Saranrom, un groupe de lycéennes en uniformes a improvisé une petite séance de gym.
Le temple se trouve de l'autre côté d'un khlong.
Nung...somm...samm...!
Les khlongs, c'est parfois joli pour y vivre, et pratique pour laver les cars...
Petit par la taille mais grand par son rang royal, ce temple "moderne", édifié en 1869 par le Roi Rama V, a pour particularité de présenter un ubosot, un vihara et un chedi circonfériques.
Jardins apaisants, moines attentifs dans leur salle d'étude, backpacker assoupi sur un banc...Sommes-nous vraiment en plein coeur de cette ville à l'atmosphère parfois éreintante?...
A chacun de mes séjours, je ne manque jamais de me rendre au Wat Pho. (très exactement Wat Pho Chetuphon Wimolmangklararm Rajwaramahaviharn) J' ignore la raison de cette attirance, mais je sentirais un manque si je n'y passais pas quelques heures.
Est-ce le sourire énigmatique de son Géant couché?...La petite musique des piécettes qui tintent en tombant dans les bols à offrandes?...Ting!...ting!...ting!...
Les 108 laksana (caractères bienveillants) de l'Eveillé, incrustations de nacre.
Détail
Il faut prendre le temps de s'égarer dans le labyrinthe de ces bâtisses: vihara, chedi, bot, quartiers des moines, salles d'enseignement...et tomber à l'improviste sur un figuier sacré aux branches et étoles multicolores enchevêtrés, une petite statuette de terre aux yeux rieurs, ou un soldat de granit chinois à l'expression surprenante...
Accès: de 8h à 17h tous les jours. Entrée 50b. La vente des tickets doit s'arrêter quelques temps avant la fermeture du site.
Je me souviens avoir assisté il y a quelques années à la projection de Blissfully yours dans l'unique salle parisienne où il était à l'affiche. A l'époque, le cinéma de M. Apichatpong Weerasethakul n'était pas confidentiel: il était underground.
Ce film m'avait laissé assez songeur.
Plus tard, au visionnage du DVD de Tropical Malady, j'étais resté fort perplexe.
Après avoir vu plusieurs fois Oncle Boonmee, ma question initiale reste toujours la même:
M. Apichatpong est il un maître, un cinéaste dépourvu de talent, ou un farceur?
Il semble que la communauté du cinéma ait répondu à la question en choisissant la 1ère réponse, puisqu'à l'occasion du Festival de Cannes 2010, le jury et son président Tim Burton décernaient à son film Oncle Boonmee la Palme d'Or.
Il est toutefois à noter que lorsque M. Apichatpong envoya son film au comité de sélection du festival, il avouait lui-même "ne pas savoir si son film ressemble à quelque chose".
Je ne sais pas non plus.
Cinéaste expérimental, artiste pluridisciplinaire, M. Apichatpong est né à Khon Kaen, Nord-Est de la Thaïlande.
D'évidence, son oeuvre est à contextualiser, comme l'indique le synopsis de son film...
"Les apparitions magiques de sa femme défunte et de son fils disparu depuis des années confirment à Oncle Bonmee que sa fin est proche. Dans son domaine apicole, entouré des siens, il se souvient alors de ses vies antérieures. Accompagné de sa famille, il traverse la jungle jusqu'à une grotte au sommet d'une colline, lieu de naissance de sa première vie.
De cette première vie, Oncle Bonnmee ne se souvient de rien, s'il était animal ou végétal, homme ou femme; mais il sait à présent qu'il est prêt à absorber la mort avec apaisement".
On situe bien les aspects qui peuvent frapper ou retenir l'attention de cinéphiles occidentaux: une autre culture, d'autres croyances, d'autres manières d'envisager la vie et la mort, d'autres décors, langue, rythmes de vie...un autre cinéma, quoi. Certes.
Toutefois, c'est un peu comme lorsqu'un Thaï vous dit "Passe-moi le sel". Les probabilités sont assez faibles que sa demande soit influencée par un particularisme local, une référence bouddhique, une conséquence inéluctable de son karma, ou que la voix qui vous parle, ce n'est pas lui, mais c'est lui quand même, enfin plus exactement, lui mais dans une de ses vies antérieures.
Il est beaucoup plus probable qu'il trouve que son plat n'est pas assez salé, et que pour le saler, il vous demande donc de lui passer le sel.
Diffusez Oncle Bonmee à un Issanais, ou à un Etranger côtoyant la culture issanaise, et il y aura de fortes chances qu'il vous réponde par "So, what?" tant les idées et leur contexte lui sont familiers.
Personne ne s'étonnera dans un village du Nord-Est de la Thaïlande qu'on ne construise pas une maison ici parce que le brahmane a dit là, que la cérémonie de mariage soit reportée à une date plus favorable, que tel ait un corps d'homme et un esprit de femme, ou l'inverse, qu'un adolescent se maquille, ou encore qu'on convoque les Anciens de la famille dès le lendemain parce que dans la nuit un plus jeune a rêvé d'un fantôme.
C'est tout le problème des cinémas d'ailleurs lorsqu'il nous parviennent: ôtés leurs aspects exotiques, leur langue inconnue, leurs maisons de bois, leurs rizières, qu'en reste-t-il du point de vue de l'originalité, du filmage, de la mise en scène, des talents propres à leurs auteurs?
Pour ma part, je suis sensible à certains metteurs en scène asiatiques, dont l'oeuvre est fortement influencée par leur culture d'origine, et du Japonais Imamura au Sud-Coréen Jee Jeong-Hyang, les cinéastes de ce continent sont parmi les plus inventifs et les plus étonnants. Je n'éprouve pas non plus d'aversion à l'usage cinématographique de la lenteur. La maîtrise des rythmes et des temps est essentielle dans une oeuvre.
Mais dans le cas de M. Apichatpong, j'ai de sérieuses difficultés à trouver "quelque chose" à son cinéma.
Alors, Oncle Boonmee... "poème filmique" (Paris Match) ou nanard suprême?... "éblouissement absolu" (le Monde) ou baillement irrépressible?... d'une lenteur majestueuse, ou juste chiant?
Je ne sais pas si vous trouverez des réponses, mais si ça peut vous inciter à visionner ce film, Oncle Boonmee est, et de loin, le plus abordable de son auteur. Et cette porte d'entrée sur la culture du Nord-Est vous donnera peut-être envie de mieux la découvrir?